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Comment trouver le meilleur bélier du troupeau ?

Par les étudiants ingénieurs de première année de l’Institut Agro de Montpellier, basés sur une analyse des comportements sexuels et alimentaires d’ovins

Dans les exploitations agricoles d’élevage, les éleveurs cherchent constamment à optimiser la reproduction et la productivité de leur animaux, des composantes essentielles des performances de leur système de production. La compréhension du comportement des animaux d’élevage permet d’adapter les techniques de mise à la reproduction pour ajuster les pratiques aux besoins fondamentaux des animaux en adéquation avec les objectifs zootechniques des élevages. La dimension sociale est un élément essentiel qui conditionne l’expression des comportements individuels, spécifiquement chez les ovins. 

Les ovins sont des petits ruminants domestiques et grégaires. En conditions naturelles, un troupeau d’ovins est constitué des brebis et de leurs petits, et les béliers forment un autre troupeau. En exploitation agricole, les béliers ne sont mis au contact des brebis uniquement en saison sexuelle ou pour déclencher les chaleurs (effet mâle). Au sein d’un troupeau, les relations entre individus s’établissent selon une certaine organisation sociale. 

Cette organisation sociale imprègne les comportements individuels des animaux par exemple, pour l’accès à des ressources limitées se déplacer, faire face à des perturbations (prédation..). Lors de la période de reproduction, les béliers peuvent s’affronter entre eux pour se reproduire avec une femelle en chaleur, ces relations agonistiques peuvent également être une manière d’attirer les brebis, mais on retrouve également des relations  affiliatives fortes (le partage d’activité comme le pâturage etc…). On parle donc de hiérarchie sociale au sein du troupeau. Cette hiérarchie entre béliers est fondée sur une compétition afin d’accéder à des ressources qui ont un impact direct sur leur fitness. Lors de la reproduction, les interactions sexuelles entre mâles et femelles sont conditionnées par des opérations de choix et de sélections de chaque côté. Ces derniers vont favoriser l’individu qui aura les meilleurs critères de sélection afin d’assurer une meilleure fitness à leur descendance. 

Plus le troupeau s’élargit et plus ces relations peuvent devenir complexes : des alliances ou des relations triangulaires peuvent s’établir. De nombreuses études ont été menées afin de déterminer les impacts de ce niveau d’organisation social sur les comportements individuels En revanche, l’intégration de ces connaissances comportementales dans la gestion des activités d’élevages est peu documentée.

Pour cela, nous avons conduit une étude visant d’une part à (i) déterminer la structure sociale d’un groupe de béliers de la race Mérinos d’Arles au sein de l’élevage du domaine du Merle (L’Institut Agro- Montpellier SupAgro, Salon-de-Provence) et (ii) identifier les potentielles implications de cette organisation dans la gestion pratique des activités d’élevage.

Lors de notre étude sur les comportements sociaux des ovins, nous avons travaillé avec un groupe de six béliers. Les relations de dominance entre béliers ont été déterminées en testant les mâles par paires soit quinze combinaisons de béliers à tester.

Dans un premier atelier, trois brebis en chaleur et trois brebis en anœstrus sont introduites dans l’enclos avec le bélier. L’étude de la fréquence, la nature et l’identité des interactions mâle-femelles ont pour objectif de déterminer la libido du bélier

Ensuite, dans un deuxième atelier, la mise en contact de deux béliers et d’une brebis en chaleur permet d’étudier les comportements de compétition sexuelle entre deux mâles.

Et pour finir, un dernier atelier regroupait deux béliers en contact avec une ressource nutritive. Cet exercice montrait les relations de compétition alimentaire entre les béliers. 

En parallèle les animaux étaient pesés et se voyaient attribué une note d’état corporel qui traduit leur état de santé selon le barème détaillé dans le document suivant : https://www.agrireseau.net/documents/Document_89413.pdf

Le croisement analytique entre ces différents tests comportementaux visait à répondre aux questions suivantes: 

  • Y a-t-il une hiérarchie au sein de ce groupe de béliers ? Et pouvons-nous l’identifier grâce à nos tests ? 
  • Les critères physiques et morphologiques sont-ils une des explications à cette potentielle hiérarchie ? 
  • Quelle est la relation entre rang hiérarchique et libido ? Les mâles dominants ont-ils une meilleure libido que les autres mâles ? 

Ainsi, à travers cette étude, nous cherchons à comprendre clairement les comportements des ovins au sein de leur troupeau et dans certaines situations sociales de type de la reproduction et/ou de la compétition. Ces résultats permettront d’adapter les techniques et les pratiques toujours dans l’optique d’optimiser la productivité et la reproduction de l’élevage

Présentation brève des ateliers

Atelier compétition sexuelle

Nous déterminons à la fois la libido et la compétition sexuelle des individus. […]

Atelier compétition alimentaire

Une compétition sociale entre béliers permettant d’évaluer leur comportement face à la nourriture. […]

Conclusion de nos analyses

Les hiérarchies au sein d’un troupeau d’ovins sont très importantes pour l’éleveur afin d’optimiser la reproduction et la productivité de son activité : faire reproduire ses femelles avec les mâles ayant la meilleure fitness lui permettrait d’assurer une descendance plus viable et productive.

Mais alors…Quelle est donc la hiérarchie du troupeau de l’élevage du domaine du Merle et comment l’obtenir ? 

Tout d’abord des ACP (analyses en composantes principales) ont été effectués séparément sur les données des différents ateliers. 

Lors du premier atelier, le bélier numéro B se différencie des autres par un comportement reproducteur très marqué, de nombreux chevauchements, ce qui révèle une certaine dominance de ce dernier au sein du troupeau.

Lors du deuxième atelier, entre les comportements reproducteurs, les comportements très agressifs et les relations affiliatives entre mâles, ce sont tout d’abord les comportements reproducteurs puis agressifs qui nous ont permis d’évaluer une certaine hiérarchie au sein du troupeau : le bélier A prend la tête du classement par un comportement reproducteur plutôt efficace et les béliers C et D qui suivent par un comportement agressif empêchant les adversaires d’accéder à la femelle.

Lors du troisième atelier, ce sont le temps passé à l’auge et d’autres comportements moins reliés à l’auge qui sont analysés pour introduire une certaine dominance. C’est encore une fois le bélier B qui réussit le mieux à garder sa place auprès de l’auge en contrant ses adversaires, et qui donc serait le plus dominant sur la nourriture.

Nous avons pu déduire des régressions linéaires que la dominance des béliers est fortement reliée à leur circonférence de scrotum et à leur score de NEC. 

Grâce à l’assemblage des différentes données des ateliers de compétition en une matrice, permettrait la réalisation d’une hiérarchie au sein du troupeau. Le bélier le plus dominant est celui capable de passer le plus de temps à l’auge et ayant une meilleure capacité à se reproduire en effectuant le plus de chevauchements. 

Enfin, afin de permettre à l’éleveur d’évaluer quantitativement les meilleurs béliers de son troupeau pour la reproduction, nous avons attribué des scores pour les classes suivantes à chacun des béliers : masse, circonférence du scrotum, NEC et le volume testiculaire. 

En regroupant tous les scores obtenus, nous créons un classement de la hiérarchie installée au sein du troupeau : c’est une première place pour les béliers numéro 77287 (A) , 72972 (C)  et 62872 (D), en deuxième place, le bélier 82241 (B) les suit et en troisième et quatrième place, ce sont les béliers 61746 (F) et 81104 (E). 

Cette hiérarchie est propre à notre troupeau d’étude, mais les méthodes utilisées pour l’obtenir sont applicables par tous les éleveurs désirant connaître les relations de dominance de leur troupeau et donc être capable d’évaluer leur potentiel reproducteur. 

Pour plus d’informations…

L’institut Agro | Montpellier SupAgro
2 place Pierre Viala
34060 Montpellier – France
Tél. : +33 (0)4 99 61 22 00
Fax : +33 (0)4 99 61 29 00
contact@supagro.fr

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